ORION sur les ondes - Surveiller la Meuse au-delà des frontières
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La Meuse parcourt près de 900 kilomètres depuis sa source en France, traverse la Belgique puis poursuit sa route vers les Pays-Bas. L’eau, elle, ne connaît pas les frontières administratives. Les substances qu’elle transporte non plus.
« Une pollution dans le nord de la France peut impacter le bassin de la Meuse en Wallonie », rappelle Aline Wilmet au micro de RCF Sud Belgique.
ORION part de cette réalité pour étudier la qualité des eaux à l’échelle du bassin. Des équipes françaises et belges croisent leurs données et leurs méthodes avec celles des acteurs chargés de gérer les cours d’eau. Le projet s’intéresse à la fois aux pressions chimiques et microbiologiques et cherche à mieux comprendre leurs effets sur les écosystèmes.
Comment des polluants arrivent-ils dans nos rivières ?
Tous les contaminants présents dans l’eau n’y sont pas rejetés directement.
Prenons les médicaments. Après avoir été consommées, certaines molécules ne sont pas entièrement utilisées par notre organisme et sont éliminées naturellement. Elles rejoignent les eaux usées puis les stations d’épuration. Celles-ci en éliminent une partie, mais elles ne sont pas conçues pour retenir toutes les molécules présentes à l’état de traces. Certains résidus poursuivent donc leur route vers les cours d’eau.
D’autres pressions proviennent des activités agricoles, domestiques ou industrielles. Des substances présentes dans les sols peuvent par exemple rejoindre les eaux par ruissellement ou infiltration.
Cela ne signifie pas pour autant que la simple détection d’une molécule suffit à conclure à un danger. Sa concentration, la durée d’exposition et les effets qu’elle produit sur les organismes doivent aussi être étudiés.
C’est précisément l’intérêt de croiser plusieurs approches : mesurer ce qui est présent dans l’eau, mais aussi observer ce que cette exposition provoque chez les organismes vivants.
Des « capteurs vivants » dans la rivière
ORION travaille notamment avec trois espèces sentinelles : le saumon atlantique, l’épinoche et la dreissène, une petite moule d’eau douce.
« Les espèces sentinelles font office de “capteurs vivants”, car elles sont particulièrement sensibles à leur environnement », explique Aline Wilmet.
Les animaux sont placés pendant plusieurs semaines dans des cages installées sur différents sites. Les chercheurs peuvent ensuite étudier certains biomarqueurs, c’est-à-dire des modifications biologiques qui renseignent sur l’état de santé de l’organisme : effets sur la reproduction, l’immunité ou d’autres fonctions physiologiques.
Ces observations sont associées aux analyses chimiques et microbiologiques de l’eau. Les données récoltées alimentent également des modèles mathématiques destinés à mieux représenter les pressions présentes dans le bassin et leur évolution.
Le changement climatique fait partie de l’équation. Une sécheresse peut favoriser la concentration de certaines substances tandis qu’une crue peut les disperser différemment. ORION cherche donc aussi à anticiper la manière dont ces pressions pourraient évoluer dans différentes situations.
Des résultats à interpréter avec prudence
Il faut ici distinguer deux projets et deux étapes de recherche.
Entre 2017 et 2020, le projet DIADeM avait étudié un mélange précis de cinq médicaments retrouvés dans les cours d’eau du bassin mosan. Ces recherches ont montré que ce cocktail pouvait produire des effets biologiques sur certaines espèces, y compris à de faibles concentrations. Elles ont aussi permis de développer et de tester des méthodes de biosurveillance fondées sur l’encagement d’organismes.
Ces résultats ne peuvent cependant pas être transposés directement à ORION. Le nouveau projet étudie d’autres pressions chimiques et microbiologiques et pose des questions plus larges sur la qualité des masses d’eau.
Les campagnes menées dans ORION fournissent actuellement des données et de premières analyses biologiques. Mais le travail doit se poursuivre. D’autres campagnes d’encagement sont encore prévues, notamment à l’automne 2026, et les observations devront être reproduites, comparées et consolidées avant de pouvoir communiquer des conclusions robustes sur les sites étudiés.
Cette prudence fait partie de la démarche scientifique : un signal observé lors d’une campagne doit être confronté à d’autres mesures pour déterminer s’il est reproductible et comprendre ce qui l’explique.
De DIADeM à ORION : faire progresser les méthodes
Si les contaminants étudiés diffèrent, ORION bénéficie directement des méthodes développées pendant DIADeM.
Le projet reprend notamment l’expérience acquise en matière d’encagement et de biosurveillance pour l’adapter à de nouvelles questions. Il s’agit de conserver ce qui a fait ses preuves, d’améliorer les protocoles et de produire des outils que les gestionnaires pourront ensuite mobiliser.
Cette capitalisation dépasse le bassin de la Meuse. En mars 2025, ORION a été présenté aux Assises rhénanes de l’eau à Strasbourg. Les échanges ont permis d’envisager l’adaptation de certaines méthodes développées sur la Meuse au bassin du Rhin.
Une gestion pensée à l’échelle du bassin
ORION rassemble six opérateurs issus de la recherche en France et en Belgique : l’Université de Reims Champagne-Ardenne, l’Université de Liège, l’Université de Namur, l’ISSeP, l’INERIS et ACTALIA. Ils travaillent aux côtés de gestionnaires de l’eau actifs en France, en Wallonie et en Flandre.
Les équipes scientifiques développent des méthodes d’analyse, de biosurveillance et de modélisation. Les gestionnaires apportent leurs données, leur connaissance du territoire et leur expérience des cours d’eau. Cette complémentarité permet de mieux caractériser les pressions qui s’exercent sur le bassin de la Meuse et d’élaborer des outils adaptés aux besoins de terrain.
L’enjeu dépasse toutefois le seul bassin mosan : ORION cherche aussi à développer des méthodes de surveillance et d’évaluation qui puissent être partagées, adaptées et réutilisées sur d’autres territoires. Cette capacité de transfert est au cœur de la capitalisation du projet : faire circuler les données, les méthodes et les expertises pour améliorer, à terme, la gestion des milieux aquatiques à l’échelle des bassins versants.